← Retour au blog

lundi 18 mai 2026 · Will de Du Café et des Rimes

Ma première scène ouverte

Une nuit en Dordogne en plein séjour de Wwoofing, des amis et une scène ouverte.


Ma poésie n'a longtemps connu que le confort de ma chambre d'adolescent puis de jeune adulte. J'écrivais pour des amours impossibles ou pour dompter mes tristesses passagères. De temps en temps, je prenais la plume comme on prend un médicament et tentais de soigner les blessures que seule l'action, le fait de « descendre dans la matière » peut guérir.

Rejeter l'écriture ou l'art de l'auto-sabotage

Je ne sais pas si je suis le seul dans ce cas mais j'en ai parfois l'impression. Mon rapport à l'écriture a souvent fluctué, oscillé entre haine et amour. J'ai parfois intériorisé des discours culpabilisant : « la poésie ne sert à rien », « ça ne va pas payer mon loyer », etc. On se retouve alors à enfermer une passion dans un carcan qui la nécrose petit à petit.

Jusqu'à ce qu'on se dise qu'on en a marre.

Des mots sur la scène

C'était une salle privée, dans un domaine au cœur de la Dordogne, où je faisais mon premier Wwoofing Quelques lumières éclairaient une nuit peuplée de volutes de fumée et d'effluves de bière. Un groupe local se produisait. Ils mêlaient un chant rap à des riffs metal. J'aimais la passion du chanteur. En fait, je voulais être lui.

À la fin de leur spectacle, ils ont invité qui le souhaitait à se ramener sur scène. Un micro attendait les téméraires. Ma pote attendait que j'y aille. Notre hôte aussi, je le sentais. On en avait parlé la veille : il faut agir, quitter la chambre et « descendre dans la matière ».

Alors je me suis avancé, cœur battant. J'ai empoigné le micro et j'ai proposé une impro' de rap.

Les mots se sont entrechoqués ; par moment, quelques phases bien senties émergeaient de ce tumulte verbeux. Je crois que les gens ont apprécié. En fait je m'en fous. Jamais je ne m'étais senti aussi proche de ce que je voulais être. J'ai remercié le mec et je suis allé rejoindre mon amie.

Cette nuit, ma vie avait changé.

Je ne peux plus quitter la scène

Ce sont des scènes gratuites. Je ne suis pas un chanteur à succès qui remplit des stades. Comme dirait Scylla, peut-être que je « resterai un soldat ». Mais ce n'est pas ça qui importe. La poésie ne peut pas être une affaire de succès. C'est une affaire de vie. Elle doit renforcer l'élan vital. Et certes, celui-ci dépend des liens que nous formons avec autrui. Alors peut-être que le succès en poésie, c'est d'exister un peu plus, de vivre un peu plus vrai, et auprès d'un peu plus de monde.